Ceux qui croient.   



CEUX QUI CROIENT

 Il y avait aussi « des gens qui croient », ils habitaient les Arènes de Lyon et se faisaient bouffer par des lions ! Ils croient, c'est-à-dire que leur esprit émet une pensée immatérielle faite d’espérance et de révélation… Ils croient en un être invisible qui les écoute entre deux « bang » d’avions supersoniques. Bref dans l’intervalle du monde, se trouvent des esprits cachés au tréfonds des nuages, ils prennent le frais, et l’Esprit qui les écoute n’entend qu’un faible volume qui se dégrade sans cesse, un petit bruit parasitaire, un son « infra-mince », presque inaudible et que seuls les Anges comprennent. Dans ce petit chuintement, il y a tout l’or du monde, une véritable poussière faite de tradition et de révolution personnelle, le point de non-retour des émotions d’une vie toute spirituelle, faite de sentiments évanescents et mirifiques, de petits points d’attaches mentales, qui servent à guider le pauvre croyant dans un labyrinthe impossible où le Diable change sans plus attendre les chemins qui mènent à la Récompense ! A savoir le séjour dans la chaleur et la lumière du foyer perpétuel de la vie éternelle des bienheureux ! Mais que de bruits, que de vacarmes sonores qui empêchent le ralliement des esprits qui produisent du son éthéré et très faiblard ! Le plus loin où mon son est allé : dans le cauchemar des caves de Charon, au plus profond du mensonge, comment expliquer cette déconvenue ! Moi qui pensais avoir dépassé les nuages, je me suis retrouvé sous les marécages de la pensée, embourbé dans des sables mouvants et gluants, coincé dans les poches d’eau d’un monde incomplet, où seul rayonne le pâle reflet d’un soleil épuisé… La santé de l’esprit passe par une bonne audition et surtout une bonne vision ; autrement, informés puis formés par des outils imparfaits, nous demeurons la proie d’un univers déformant et déformé où ceux « qui disent » deviennent d’impossibles dictateurs menant une guerre sans trêve à « ceux qui croient ». Il y avait parmi ce vacarme céleste, une énorme soufflerie hurlante qui faisait trembler les nuages et pleuvoir sur les forêts et c’était le bruit émis par la Douleur qui, couvrant tout le reste, avait du mal à laisser passer les cris de joie et de bonheur, seule la souffrance arrivait à entonner l’hymne de la Passion. La Passion c’était dans ce monde sans repères, la rencontre du bruit des esprits avec le pavillon de la grande oreille de l’entité bienveillante qui les observait tout en douceur. Il y avait rarement des instants de parfait silence, car tous ces esprits, comme les enfants, ne cessaient de pleurer, de crier, de hurler par delà leur boîte crânienne, ce qui provoquait une gigantesque confusion. Un magma incessant de petits sons minuscules, qui, une fois rassemblés, devenaient un monstrueux bruit de fond, un perpétuel boucan du diable ! Et là-dedans, tous les deux mille ans, l’entité bienveillante fabriquait un vent, un souffle puissant qui parvenait à rétablir les vibrations sonores dans leurs qualités primordiales ; il fallait être patient et cesser de croire durant cinq petites minutes car le vide, ainsi créé, faisait un appel d’air où s’engouffrait le divin bruit du salut : la comparution immédiate devant le grand micro de l’assemblée des âmes. Pour les sourds et les muets, seuls les signes suffisaient, une sorte de code de la route céleste avait été mis en place, un permis à points où les dépassements de vitesse étaient fortement punis par la production de signes de plus en plus incompréhensibles, jusqu’au crash final qui, lui, produisait du bruit !

 

 

        


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