La couronne d'épines   



 

L’HOMME A LA COURONNE D’EPINES

« Nous entrons dans un âge a-religieux dans lequel les hommes ne seront plus capables de prendre la religion au sérieux. »

Dietrich Bonhveffer

Les oiseaux passaient l’hiver sous les bordures des toits, la neige leur gelait les pattes, la pitance se faisait rare. Les vieux mourraient au coin du feu, les enfants se faisaient bouffer par de gros rats bien dodus. En ce début de nouveau millénaire, d’étranges et nouvelles maladies se développaient et remplissaient les cimetières de chairs bien putréfiées. Lorsque le soleil se mit à luire au-dessus du clocher du village, les femmes prirent leurs jambes à leurs cous et se mirent à dévaler la colline du Bois du Diable sans plus demander leur reste. Dans un pays où l’on brûlait encore des sorcières, et où les candidats au suicide étaient fusillés, je grandis au plus près de la croyance en un Dieu tout puissant, le Dieu de Colère. Colère divine pleine de feu et de lumière, de chaleur et de radiations, parfumée de Myrte et de camphre, éclairant les âmes angéliques des bienheureux et pulvérisant les petits esprits des sous-vies de certains incarnés. Colère divine ou divine colère, au choix ! Moi j’ai toujours été pour foutre le feu, la purification par les flammes en quelque sorte… Il n’y a toujours pas d’extincteurs aux murs des églises, comme si le feu n’y prenait jamais. J’aimerai assister à une messe faite dans un épais brouillard de vapeur où l’on distingue une forte lueur opalescente et indistincte, diffuse, venant du ciel. Office accompagnée de musique arabe d’Andalousie ! Où de grands tambourins à la peau tendue réitère la tchatche divine, le canso égoïste et glorieux du Dieu de Colère, le Dies Irae des latins. Colère divine ou divin courroux, au choix ! Moi qui ne supporte pas la colère des humains, toujours limitée et psychotique, ne considère la Divinité que dans son étrange pouvoir d’enflammer les cœurs et les esprits, laissant après son passage un petit tas de cendres blanches en guise d’âme avec ce sentiment d’avoir approché le cœur agissant de l’univers. Donc dans cette campagne, tous couraient dans les champs, fuyant ainsi le soudain incendie de leur village, au même moment où un convoi de Roms roumains pénétrait en Ile de France par la forêt d’Orléans. Un puissant vent soufflait entre les jarrets des chevaux de bâts. Un roman n’est jamais qu’une philosophie mise en images, écrivit Albert Camus dans le Mythe de Sisyphe.

 

 

         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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