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MATER NOSTER
On aura oublié, on aura décidé, isolé, condamné cette pensée de l’origine qui est une permanence. Chimie impeccable qui fait que nous sommes, que nous allons comme au-delà de nous aussi, dans le temps immobile de l’existence, de ce qui est. Dans ma pensée, j’essaie sans cesse de dépasser l’éphémère du quotidien pour rejoindre le fonds de commerce de l’humanité. Et cela au prix forcément de l’isolement et des déconvenues. On s’aperçoit, sur cette échelle, que nous ne pouvons que rarement communiquer véritablement, et c’est ainsi que je demeure, attendant, écoutant, recevant ce silence de l’être qui ne se connaît pas. Les hommes, de nos jours, se perdent encore plus dans des problèmes d’écologie, d’économie et de sommeil mental. Ils n’existent que crédités, il n’y a plus d’unité ni de possibilités. Demain est sans lendemain comme chaque matin du monde. Cet hiver qui n’en finit pas m’aura montré le chemin, et c’est celui du silence inconditionnel. Silence de la vie, le grand silence de la mère, de la gestation, celui aussi de la nature où le vent de l’esprit ne siffle pas encore. Etrangement je ne sens pas en moi cette dimension du pater noster si chère aux latins. Je ne la comprends pas, au sens où je ne la contiens pas. Peut-être l’ai-je déjà produit en moi pour les autres ? Mais en mon for intérieur il n’existe pas. Je suis intimement convaincu de nos filiations toutes maternelles, faites de nourritures et de boissons, emprunts de tout ce qu’il y a de meilleur. Je ne parle pas là des conséquences d’un certain instinct maternel, mais mieux du constat que nous nous sommes nourris de la mère, à travers et en elle. Et qu’ainsi sans cela nous ne serions pas, nous ne serions que les produits d’un certain bocal vide. Certains, et d’autres qui n’aiment pas se le rappeler, ont des injonctions où le père demeure le nourricier de seconde main qui, tel un apôtre tout plein de bonnes volontés, va de fils en filles produire l’humaine population. Mais il ne peut se produire lui-même, il se reproduit et ce faisant c’est bien la femme en lui qui fabrique l’humain et demeure de toute éternité.
12 mars 2010
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